Mercredi 17 décembre 2008
L'auteur du blog de Vinteur a regardé pour vous le magazine de la santé diffusé sur France 5. Voici son
compte-rendu de l'émission consacrée aux hémorroïdes. Il conclut son récit par une réflexion sur la spécificité de la télévision publique qui est menacée.
J'ai une vie passionnante. Comme je ne fais pas grand chose en ce moment, je regarde toutes sortes d’émissions que je ne regardais pas auparavant. Ce soir, j'ai regardé le magazine de la santé
sur France 5. Le thème était "les hémorroïdes". Intéressant. Je vous en propose un compte-rendu.
"Les hémorroïdes on en a tous, c'est physiologique". C'est en effet par ces mots que l' animatrice introduit l'émission. J'apprends quelque chose: tous les hémorroïdes ne sont donc pas
nocifs! Les présentateurs de l'émission s'empressent de distinguer les hémorroïdes internes des hémorroïdes externes. Généralement, ce sont ces derniers qui posent problème. Ainsi, “si les
hémorroïdes sont externes et volumineux, c'est la crise hémorroïdaire”. La crise hémorroïdaire! Carrément!! Je connaissais la crise d'adolescence, la crise financière, la crise économique,
la crise de la quarantaine, la crise des banlieues, la crise cardiaque, la crise du marché du disque, la crise climatique, la crise pétrolière, la crise de l’institution familiale, la crise du
paléolithique,la crise alimentaire, la crise du logement, la crise Crétacé Tertiaire… Mais la crise hémorroïdaire, j’en avais jamais entendu parler!
Mais à chaque crise sa solution. Ainsi, la disparition des dinosaures avec la crise du crétacé tertiaire a été solutionnée par un formidable renouvellement de la biodiversité avec l'apparition de
nouvelles espèces. La crise de l'institution familiale par la banalisation du divorce. La crise économique par des politiques sociales. La crise des banlieues nécessiterait plus de justice
sociale. La crise de la quarantaine par une analyse chez le psychologue. La crise climatique par une prise de conscience de l'homme des conséquences de ses actes sur l'environnement. La crise
alimentaire prendra fin lorsque le partage nord-sud sera plus équitable. La crise de l’immobilier avec Christine Boutin, ministre du logement. La crise financière a été gérée par une injection de
milliards d’euros dans le système bancaire. La crise cardiaque par les défibrillateurs. La crise pétrolière par le développement des énergies nouvelles. Et la crise hémorroïdaire en se rendant
chez le proctologue.
Mais revenons à l'émission médico-hémorroïdaire de France 5. Un médecin spécialiste des hémorroïdes, dont le nom tombe à pic (docteur Voideberge), fait une remarque de bon sens : "On comprend
que les gens soient un peu gênés, c'est l'une des seules parties du corps qu'on ne peut pas examiner soi-même. On est obligé de se confier à l'œil du médecin". Je dirais même au doigt et à
l'œil. Bonne remarque! A part les contorsionnistes qu'on voit le samedi soir dans le cabaret de Patrick Sébastien, je ne connais personne capable de passer la tête entre les jambes pour avoir les
yeux pile en face du trou. Ceci dit, pas besoin d'exécuter de telles figures lorsqu'on a un caméscope.
Autre séquence dans l'émission, les questions SMS des téléspectateurs. Et là on a de tout. Des questions pointues, telles que "Comment les piments favorisent-ils les hémorroïdes?".
Personnellement je n'ai pas tout compris à la réponse, c’est trop technique. Surtout que moi, le piment ça me brûle la langue avant de me piquer le cul. A côté de ces questions de connaisseurs,
des questions plus pragmatiques, de la vie de tous les jours: "A chaque ingestion de lait, je fais des hémorroïdes, que puis-je faire? Dois-je consulter un proctologue?" . Si vous voulez
mon avis, je pense que oui, c'est mieux d’aller voir le proctologue, parce que le dentiste ne pourra pas faire grand chose. Ou dans un premier temps, moi je remplacerais le lait de vache par du
lait de brebis, il est un peu moins gras. Et si ça marche toujours pas, essayez le Soja.
Mais, comme le demande le journaliste, comment expliquer cette réticence des patients de parler de leurs problèmes d'hémorroïdes à leur médecin? Le spécialiste, imperturbable, répond: "C'est
gênant de se mettre à 4 pattes à côté du médecin, surtout si le médecin est une femme et le patient un homme.Et vice versa. Donc lors de l'examen ils se mettent sur le côté". Je n'invente
pas.
Un nouveau SMS de téléspectateur, que l'on peut assimiler à un SOS, à un cri de détresse, à un cri du cœur désespéré, à un ultime appel au secours: " Je souffre beaucoup de brûlures à l'anus,
que puis-je faire?". Réponse - véridique - "Consultez, ce serait bête de passer à côté d'un cancer". Sage conseil. C'est vrai que un coup de bistouri dans le fion, ça fait mal mais
c'est moins contraignant qu'une chimio. Et ça a moins d'effets secondaires. Une chimio, c'est la perte de cheveux assurée -je parle en connaissance de cause-, alors que dans le cas d'hémorroïdes,
la perte se limitera à quelques poils au passage du bistouri.
Un témoin ose venir faire part de son expérience de cette pathologie sur le plateau. Respect. "Je souffrais d'hémorroïdes après avoir mangé du saucisson d'Arles [...] or j'adore le
saucisson". Ah le malheureux! On vante toujours la qualité des produits locaux à côté de la bouffe industrielle de supermarché: la preuve que tout n'est pas noir ou blanc, le saucisson
d'Arles aussi à ses méfaits. Moi aussi j'avais ce problème, mais depuis que je retire la peau du saucisson, plus rien! Qu’il change de charcuterie me direz-vous? Oui mais si il aime le saucisson
d'Arles, il va pas le remplacer par du jambon de Bayonne! Le courageux témoin poursuit: " j'osais pas en parler au médecin". Par contre ça n'a pas l'air de le déranger d'aller le clamer
haut et fort à la télévision.
On en arrive au cœur du sujet: "Que faire?" Eh oui, se gratter éternellement le cul ne solutionne rien, au mieux ça soulage temporairement. Nos experts n'ont pas de réponse catégorique.
Tout dépend. "Des fois les pommades locales suffisent, mais parfois il faut de la chirurgie". Le journaliste se tourne de nouveau vers le témoin. "Vous étiez réticent pour effectuer
cette opération , car on vous avait dit qu’elle était très douloureuse". Oui alors moi le coup de la douleur insupportable, on me l'a faite pour les dents de sagesse. Bah je m'en suis remis.
Les gens aiment bien vous faire peur avant une opération, avec des remarques du genre "Cette opération c'est l'enfer", "Faut des semaines pour se remettre d'une telle opération", "l'anesthésie,
moi ça m'a perturbé mon sommeil pendant plusieurs mois". Faut pas les écouter!
Ensuite, la présentatrice lance un reportage sur l’opération des hémorroïdes. Et elle avertit: “Attention, ce reportage est délicat à regarder. Ames sensibles s'abstenir!”. En effet! On
voit encore plus de sang gicler que dans un film sur la vie dans les tranchées pendant la première guerre mondiale. Oh, bien sûr, pas de coups de fusil, mais des coups de bistouri aussi peuvent
faire saigner. Ce reportage me rassure: on peut donc soulager les problèmes hémorroïdaires par une simple opération. Mais malheureusement, avec cette technique de lifting - car c'est comme ça
qu'elle s'appelle- on ne traite que les hémorroïdes internes, nous explique un spécialiste - le rabat joie - présent sur le plateau. "Quelqu'un qui a une maladie mixte, ça ne marche
plus". Mais alors, quid des hémorroïdes externes? Il existe une autre opération, explique le spécialiste, mais elle est encore plus douloureuse! Aie! Mais il poursuit: grâce à la morphine,
la douleur a baissé. Ouf! Là encore, on a le droit à un reportage sur l’opération. On nous explique que le chirurgien doit progresser délicatement pour enlever les hémorroïdes, “sinon c'est
l'incontinence”. Ca fait peur!! Suite du reportage: "quand on ferme la plaie, soit ça s'infeste, soit ça rétrécit". Pas réjouissant tout ça. Entre l'infection et le rétrécissement,
vaut mieux quoi docteur? Après l’opération, le patient reste 4 jours dans le service, temps au bout duquel ça ne lui fait plus mal et qu’il peut retourner à la selle.
Un autre SMS: “J'ai des hémorroïdes qui me gênent et mon médecin ne veut pas m'opérer". La réponse du médecin: “Changez de médecin. Demandez un deuxième avis. Peut-être a-t-il une
bonne raison”. Oui, je pense aussi qu'il avait une bonne raison si il ne veut pas l’opérer. Moi je me méfierais. C'est peut-être parce qu'il pense que ça vient d'autre chose. Moi je vois,
quand j'avais mal au dos, le médecin voulait pas me soigner pour le dos. Bah il avait raison, finalement c'était un cancer.
Autre question SMS: "J'ai été opéré des hémorroïdes. Tout va bien mais il me reste du prurit anal, que dois-je faire?". Le médecin répond: “Ca veut dire qu’il reste des
démangeaisons, mais alors c'est que les gens se grattaient déjà avant”, dit-il le plus sérieusement du monde. “Les hémorroïdes ça ne gratte pas”. Je comprends: faut pas confondre
"avoir des hémorroïdes" et "avoir des vers dans le cul".
SMS toujours: "Est-ce bien ou pas de les percer?" "Bah si ça le soulage", répond le médecin, sérieusement. Ca se perce les hémorroïdes alors? Déjà moi j'avais du mal avec les
boutons d'acné les plus coriaces. Le spécialiste émet un hypothèse qui peut paraître évidente, mais néanmoins importante: "Tout ce qui favorise la constipation peut favoriser les
hémorroïdes". Je me demande si la réciproque est vraie, mais je ne vais pas envoyer un SMS pour satisfaire ma curiosité. Pour finir sur une bonne note, on nous explique que le taux de
récidive est très faible, 2 à 3% selon la technique classique. Mais le taux est supérieur quand les gens restent constipés ou que les hémorroïdes étaient très volumineux. Ca je comprends, c'est
normal: plus c'est volumineux, plus on rechute. Moi je vois avec mon cancer, ma tumeur en était au stade 3, ben j'imagine que j'ai plus de chances de rechuter que celui qui en était au stade 1.
Mais l'invité ne se sent pas concerné par une rechute hémorroïdaire: "je n'ai jamais eu de problème de constipation, je ne tiens pas en avoir et je veux garder mes intestins sains, donc je
continue à faire attention à comment je mange", explique-t-il fièrement. Moi non plus je suis pas constipé, mais je vais pas le raconter tout sourire à la télé.
Pour conclure, le présentateur passe un appel à témoin. "Pour une prochaine émission, on recherche quelqu'un qui a des cors aux pieds". Merde! Je ne pourrai pas y'aller. Moi j'ai des
verrues plantaires (5 au même pieds! oui monsieur!), mais c'est pas la même chose. Parce que j'aurais une question sur le sujet des verrues: Pour les verrues les plus profondes, l'azote peut-il
suffire, ou doit-on forcément les bruler au laser? Quelqu'un aurait enregistré l'émission sur les vergetures? Et celle sur les ongles incarnés? Je les ai loupées! Si je n'avais pas été malade
pour regarder toutes sortes d'émissions que je ne regarde pas habituellement, je n’aurais jamais pu découvrir les formidables émissions médicales de France 5! J'espère, avec ce témoignage, avoir
prouvé l'utilité de la télévision publique. Moins de ressources pour le service public, cela peut signifier la fin des illustrations en images 3 D dans le magazines de la santé. Or sans ces
formidables images de synthèse du rectum, je n'aurais pas saisi toute la complexité du problème hémorroïdaire.